Article de fond · 13 septembre 2026

ISF, IFI : ce que l'impôt sur la fortune taxe aujourd'hui et ce que les candidats veulent changer

L'imposition du patrimoine est l'un des sujets les plus discutés de la campagne présidentielle. Derrière les termes d'ISF, d'IFI ou d'impôt sur la fortune financière se cachent des dispositifs différents, dont l'assiette — c'est-à-dire ce qui est taxé — varie considérablement.

De l'ISF à l'IFI : ce qui a changé en 2018

L'impôt de solidarité sur la fortune, créé sous sa forme moderne en 1989, portait sur l'ensemble du patrimoine net : immobilier, placements financiers, liquidités, objets de valeur.

Il a été remplacé en 2018 par l'impôt sur la fortune immobilière, qui a restreint l'assiette aux seuls biens et droits immobiliers. Les portefeuilles de titres, l'assurance-vie en unités de compte non immobilières, les liquidités et les participations dans des entreprises sont sortis du champ.

La justification avancée à l'époque était d'orienter l'épargne vers l'investissement productif plutôt que vers la pierre. Ses détracteurs y ont vu un allègement ciblé sur les patrimoines les plus mobiles, l'immobilier étant par nature plus difficile à délocaliser.

Cette réforme explique pourquoi la question revient dans tous les programmes : elle a créé une asymétrie de traitement entre deux formes de richesse.

Comment fonctionne l'IFI aujourd'hui

Le foyer fiscal est redevable de l'IFI lorsque la valeur nette de son patrimoine immobilier dépasse 1 300 000 € au 1er janvier de l'année d'imposition. Ce seuil est inchangé depuis 2013, ce qui signifie qu'il englobe mécaniquement davantage de foyers à mesure que les prix immobiliers augmentent.

Une fois ce seuil franchi, le barème progressif s'applique en réalité dès 800 000 €, avec des taux allant de 0,5 % à 1,5 % selon les tranches. C'est l'effet de seuil caractéristique du dispositif : un patrimoine de 1 299 000 € n'est pas imposé, un patrimoine de 1 301 000 € l'est sur une base commençant à 800 000 €. Une décote atténue cet effet entre 1,3 et 1,4 million d'euros.

L'assiette retenue est la valeur nette : on déduit les emprunts immobiliers en cours et les dettes afférentes aux biens taxables. Cette nuance est importante, car comparer directement la valeur brute de son patrimoine au seuil conduit souvent à se croire redevable à tort.

La résidence principale entre dans l'assiette, mais bénéficie d'un abattement forfaitaire de 30 % sur sa valeur vénale. Une maison estimée un million d'euros n'est donc retenue que pour 700 000 €.

Enfin, un mécanisme de plafonnement limite le total formé par l'IFI, l'impôt sur le revenu et les prélèvements sociaux à 75 % des revenus du foyer.

Les trois grandes options en débat

Les programmes présidentiels se répartissent entre trois logiques distinctes, qu'il est utile de distinguer parce qu'elles n'ont pas du tout les mêmes effets.

Le maintien de l'IFI dans sa forme actuelle. C'est la position de plusieurs formations, qui invoquent la stabilité fiscale et le risque de départ des contribuables les plus mobiles en cas de réforme.

Le rétablissement d'un ISF élargi. La France insoumise et Les Écologistes proposent de réintégrer l'ensemble du patrimoine dans l'assiette, avec pour ces derniers une modulation selon l'impact environnemental des actifs détenus. Un tel dispositif augmenterait l'imposition des patrimoines majoritairement financiers, aujourd'hui hors champ.

Le remplacement par un impôt visant les seuls actifs financiers. Le Rassemblement national évoque une restauration de l'impôt sur la fortune financière, qui inverserait la logique de 2018 : l'immobilier sortirait de l'assiette, les placements financiers y entreraient. À ce jour, ni le seuil ni le barème de ce dispositif n'ont été publiés.

Pourquoi l'assiette compte plus que le taux

Le débat public se concentre souvent sur les taux, alors que c'est l'assiette qui détermine l'essentiel de l'effet pour un contribuable donné.

Prenons deux foyers disposant chacun de deux millions d'euros de patrimoine. Le premier détient un appartement et une résidence secondaire ; le second un portefeuille de titres et une assurance-vie. Sous le régime actuel, le premier est redevable de l'IFI, le second ne l'est pas. Sous un ISF élargi, les deux le seraient. Sous un impôt sur la seule fortune financière, la situation s'inverserait complètement.

À taux identique, le choix de l'assiette déplace donc entièrement la charge d'une catégorie de contribuables à une autre.

Ce que les estimations de rendement ne disent pas

Les chiffrages avancés — plusieurs milliards d'euros de recettes attendues selon les projets — reposent tous sur des hypothèses de comportement.

La principale porte sur les réactions des contribuables concernés : expatriation fiscale, réorganisation du patrimoine, recours au démembrement ou aux enveloppes exonérées. Les estimations disponibles divergent fortement sur l'ampleur de ces effets, ce qui explique que des chiffrages très différents circulent pour des mesures pourtant proches.

Ce point vaut d'être gardé à l'esprit lorsqu'un montant de recettes est présenté comme acquis.

Les limites de cet article

Cet article décrit un dispositif fiscal et rapporte des positions politiques. Il ne constitue ni un conseil en investissement ni une recommandation personnalisée. Les règles présentées peuvent évoluer par voie législative, et de nombreuses situations particulières — biens professionnels, démembrement, détention via société — relèvent de régimes spécifiques non détaillés ici.

Sources

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Candidats concernés